Répondre aux 10 critiques les plus fréquentes sur les relations non-monogames

vendredi 2 décembre 2011
par Ainsi squattent-elles

Faute d’avoir l’enregistrement de l’émission du 21 novembre, voici le texte d’une des chroniques, fortement inspiré du chapitre 2 "Myths about nonmonogamy" du livre Opening up. A Guide to Creating and Sustaining Open Relationships de Tristan Taormino que je recommande de lire en entier.

Répondre aux critiques les plus fréquentes sur les relations non-monogames :

1— Les humains sont des animaux monogames. C’est naturel.

Il y a très peu d’animaux monogames : quelques douzaines d’espèces sur 4000

2— Les relations ouvertes sont contre nature, anormales et immorales

Les normes changent avec le temps, tout comme notre perception de ce qui est naturel. L’Histoire tend à prouver que l’humain est plutôt non-monogame : les plus vieux récits/ mythes parlent d’adultère, de mariages forcés où les époux développent de belles complicités, mais sont amoureux d’autres personnes, etc. Rares sont les personnes de nos jours qui restent toute leur vie avec leur premier amour. Donc, la plupart des gens sont non-monogames en série. Le polyamour propose juste d’être non-monogame en parallèle. Et c’est bien plus juste, honnête et moral que la tromperie de l’adultère ou le refoulement éternel de certaines émotions.

3— Le polyamour c’est comme dans les sectes/ dans ces pays-là/ chez les Mormons ?

Ce qui est souvent controversé dans les mariages multiples de cultures ou sous-cultures qu’on connait mal, c’est la notion de consentement. On a souvent peur que les femmes acceptent un peu contre leur gré d’être mariées à plus d’un homme ou d’être co-épouses du même homme que plusieurs femmes. En plus d’être empreinte de préjugés, cette vision sursimplifie la réalité. Mais dans tous les cas, les relations ouvertes ou la non-monogamie, c’est beaucoup plus vaste que les mariages à plusieurs et ça implique nécessairement le consentement de toutes les personnes impliquées.

4— Les gens dans des relations non-monogames ont des problèmes psychologiques (carence affective, troubles de personnalité, etc.)

Des recherches basées sur des tests diagnostiques psychologiques standards tendent à démontrer qu’il n’y a pas de différence de prévalence de troubles psychologique selon le type de relation amoureuse/ sexuelle exclusive ou non-exclusive (Peabody, Family Relations,1982 ET Rubin, Alternative LifeStyle, 1982).

En fait, il faut être assez mature et être prêt à travailler sur soi pour être heureux dans une vie non-monogame. Généralement, les personnes qui choisissent ce mode de vie sont des personnes créatives, ouvertes d’esprit, non-conformistes, capables d’assumer leurs convictions, etc. Comme le succès de toute relation repose sur la communication, les personnes qui entretiennent plusieurs relations en même temps développent cette habileté. Cela dit, il y a aussi des personnes qui ont des problèmes psychologiques chez les personnes polyamoureuses et des personnes avec des problèmes en tout genre... comme chez les monogames. Et ce n’est pas parce que certaines personnes sont polyamoureuses pour de mauvaises raisons qu’il faut condamner ce mode de vie. De la même façon, certaines personnes se marient pour de mauvaises raisons (aux yeux de qui d’ailleurs ?) et certaines personnes hétéros et monogames se retrouvent systématiquement dans des relations malsaines (violence conjugale ou autre)

5— Les personnes non-monogames ont peur de l’engagement et ont des problèmes avec l’intimité

Cela ne peut pas être soupçonné dans tous les styles de vie non-monogames. Plusieurs personnes non-monogames s’engagent auprès d’un ou plusieurs partenaires et leurs relations durent. En effet, quand on n’est pas obligé de se laisser si on tombe amoureux de quelqu’un d’autre, on peut rester vraiment longtemps en relation ! Plusieurs arrivent à partager une intimité vraie avec plusieurs de leurs partenaires. Il faut l’avoir vécu pour comprendre que de l’intimité partagée avec une personne n’enlève pas la capacité à partager de l’intimité avec une autre. Comme l’amour, ce n’est pas une chose tangible qui vient en quantité limitée. Même les personnes non-monogames qui décident de vivre seules peuvent entretenir des relations qui durent sur plusieurs années. Même les célibataires qui ne développent aucune relation stable et ont une sexualité plus récréative peuvent manifester leur sens de l’engagement ailleurs (travail, bénévolat, auprès de membres de leur famille biologique ou choisie) et être très intimes avec des amis ou des personnes avec qui elles partagent leur spiritualité.

6— Les personnes non-monogames sont juste indécises et incapables de choisir

Choisir d’être non-monogame peut être assez lourd à porter comme mode de vie alors les personnes qui font ce choix le font parce qu’elles y croient profondément. Souvent, c’est précisément parce qu’elles savent assez clairement ce qu’elles veulent et ce dont elles ont besoin qu’elles font ce choix. Et parce qu’elles ne croient pas qu’une seule personne peut répondre à tous leurs besoins/ désirs.

7— Le polyamour est juste une façon à la mode d’appeler le libertinage

Le polyamour n’est pas exclusivement - et même souvent pas principalement - à propos du sexe. Il peut inclure plusieurs formes d’amitiés, de compagnonnage, de soutien moral, d’amour, d’intimité, d’engagements, de connexions. Cela dit, avoir une vie sexuelle active avec plusieurs personnes n’est pas en soi une mauvaise chose.

8— La non-monogamie est propice à la prolifération des ITS

Ce qui est propice à la transmission des ITS, c’est le fait d’avoir des relations sexuelles non protégées avec des personnes infectées ou des personnes dont on ignore la condition en matière d’ITS. Rien ne prouve que les personnes qui croient en la monogamie prennent moins de risque que les personnes qui n’y croient pas. Au contraire, les personnes qui ont des partenaires multiples doivent souvent parler de ces questions-là et ont tendance à se renseigner sur les pratiques sexuelles les plus sûres.

9— La non-monogamie n’est en rien différente de l’adultère

FAUX ! L’adultère implique du mensonge, des cachotteries, des tromperies... alors que la non-monogamie dont il est question ici implique le consentement de toutes les personnes impliquées et même souvent le respect de règles consensuellement établies. Cela ne veut pas dire que les personnes en relations ouvertes ne trompent/ ne mentent jamais. Quand elles le font, c’est aussi grave — sinon plus — que si elles étaient dans une relation monogame.

10— Les relations polyamoureuses ou ouvertes sont un environnement malsain pour élever des enfants

Des familles dysfonctionnelles, il y en a chez les couples monogames hétérosexuels et chez les autres. Que la famille soit homoparentale, monoparentale, reconstituée, polyamoureuse ou autre, l’important pour les enfants c’est d’avoir autour de lui des adultes qui l’aiment et un minimum de stabilité.



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